J’ai rencontré Nganji en 2011. Nous participions alors tous les deux à la première édition des Afropéros organisés par Roots Events.
Nganji présentait son site Internet LAEH L’art d’être humain qui rassemblait une communauté d’auteurs et poètes.

Je me suis intéressée à cette plate-forme et j’ai suivi les activités du jeune talent sur les réseaux sociaux : court-métrages, clips vidéo, photographies… j’ai découvert un artiste multidisciplinaire. Nganji a également participé au film Sœur Oyo de Monique Mbeka Phoba comme assistant et photographe de plateau. Je ne sais plus si c’était avant ou après avoir participé à un atelier d’acting et de direction d’acteurs organisé par Beatriz Flores. Il se trouve que la réalisatrice de Sœur Oyo avait découvert la première ces ateliers et nous en avait tellement vanté les mérites et bienfaits à tous les deux que le hasard des choses a voulu que nous nous retrouvions à y participer dans le même groupe.

J’ai ainsi pu observé une réelle volonté de réussite accompagnée d’un sens profond du détail pour un travail bien fait mais aussi pour la justice et l’équité. Nganji expérimente, observe, réfléchit au message qu’il veut transmettre, à l’histoire qu’il veut raconter. Et il ne s’arrête que lorsqu’il est certain d’avoir atteint son objectif. Il propose un récit, une lecture mais ce qui compte c’est que le spectateur s’approprie l’image et y associe sa propre histoire.

Passionné, il peut être touché par une personne, une ombre, un moment, un lieu qu’il immortalise par un poème, une vidéo, une photographie. Et il est honoré lorsque l’émotion qu’il a mise dans son œuvre fait écho à celle de celui (de la personne) qui la regarde. Lors de l’Art Talk du 04 février dernier dans le cadre du Festival Afropolitan à Bozar, Nganji a terminé sa présentation en nous offrant un poème visuel. La mère et la grand-mère de l’artiste essayant une série de bracelets à leurs poignets. Un moment d’échange entre deux femmes. Moment simple et d’une intensité émotionnelle presque palpable.

Ces images résonnent avec l’enfant en moi, aujourd’hui devenue adulte et qui pour la première fois en découvrant ce film, voit projetée sur un grand écran l’image d’une femme qui a l’âge, la tenue vestimentaire, la ressemblance physique avec une personne qu’on pourrait prendre pour sa grand-mère ; voire cette enfant elle-même arrivée à l’âge d’être grand-mère. Ce sont des odeurs, des sensations qui jaillissent et apparaissent. Le fait d’avoir rendu ce vide apparent par l’acte même de l’avoir comblé, répare, apaise, adoucit à l’intérieur. C’est une forme d’humanité retrouvée que Nganji nous propose.

Vous pouvez visionner son poème pour Philomène ici

poem for philomene from Nganji on Vimeo.

A. Wetsi MPOMA